Savoir et créativité, esprit critique et responsabilité, les piliers de l’éducation politique.
Invité : Thierry Pacquot, philosophe, professeur émérite.
L’éducation, depuis Platon jusqu’à Dewey, est présentée comme le levier central de l’innovation politique. Platon en fait l’outil pour former des gouvernants-philosophes capables de diriger une Cité juste, tandis que Rousseau et Kant y voient un moyen d’émancipation individuelle et collective. Dewey, lui, transforme l’école en un laboratoire de démocratie, où l’apprentissage par l’action prépare les citoyens à agir dans la société. Cependant, Bourdieu et Illich critiquent ce modèle : l’école reproduit les inégalités sociales (Bourdieu) et aliène en monopolisant le savoir (Illich). Pour eux, une éducation libératrice doit sortir des cadres institutionnels et favoriser l’autonomie et la créativité. Arendt, Habermas et Castoriadis proposent
des alternatives : une éducation responsable (Arendt), délibérative (Habermas) et imaginative (Castoriadis), capable de cultiver l’esprit critique et l’innovation politique. L’enjeu est de repenser l’éducation non pas comme un outil de reproduction, mais comme un espace de transformation sociale.
Séminaire « Philosophie critique de l’innovation » au Collège International de Philosophie animé par Xavier Pavie
Le séminaire de cette année propose d’aborder la question politique à partir de l’innovation. Celle-ci traverse le politikós à plusieurs niveaux : innovation institutionnelle (transformation des règles du jeu politique), technopolitique (usage des technologies numériques dans les pratiques de pouvoir et de participation), idéologique ou programmatique (émergence de nouveaux récits et projets politiques), organisationnelle (formes des partis, des mouvements et des collectifs), mais aussi à travers les politiques d’innovation, entendues comme l’ensemble des dispositifs et stratégies par lesquels les pouvoirs publics orientent l’innovation technologique, sociale, industrielle ou organisationnelle.
Dans un contexte géopolitique instable, marqué par les difficultés de la construction européenne, une scène politique nationale incertaine et l’approche des échéances électorales municipales (2026) et présidentielles (2027), ce séminaire entend remettre la pensée philosophique au centre de la réflexion sur le gouvernement de la cité et la responsabilité du citoyen.
Après plusieurs années consacrées à une analyse philosophique et historique de l’innovation et de ses critiques contemporaines, puis une année dédiée à la sobriété comme critique radicale des régimes d’innovation dominants, cette quatrième année porte spécifiquement sur l’innovation politique. Le parcours proposé va de la polis grecque aux théories contemporaines de la démocratie radicale, en interrogeant l’innovation citoyenne, le rôle de l’éducation comme espace d’émancipation ou de reproduction sociale, l’histoire des politiques d’innovation, ainsi que la place de l’art et des expériences historiques de démocratie directe dans la reconfiguration du politique.
Prochaines dates :
- Jeudi 2 avril : politiques d’innovation
- Jeudi 21 mai : l’art comme outil d’innovation politique
- Jeudi 18 juin : lacommune de Paris, l’innovation par le peuple et la démocratie en question.