Entre héritage colbertiste, ambition technologique et esprit des Lumières.
La séance porte sur la philosophie de l’innovation politique depuis Colbert. De la centralisation monarchique à l’idéal émancipateur des Lumières, puis du techno-gouvernement de Saint-Simon et Comte à la planification gaullienne, l’innovation apparaît en France comme un projet d’État avant d’être un moteur économique. Cette trajectoire explique le paradoxe national : une excellence scientifique remarquable, mais une faible conversion en innovations marchandes. Le séminaire analyse les ambiguïtés de ce modèle, technocratie, élitisme, imaginaire de souveraineté, et propose d’esquisser une politique d’innovation inspirée par l’esprit des Lumières : rationnelle, émancipatrice, orientée vers le bien commun et consciente de ses responsabilités éthiques et écologiques.
Séminaire « Philosophie critique de l’innovation » au Collège International de Philosophie animé par Xavier Pavie
Le séminaire de cette année propose d’aborder la question politique à partir de l’innovation. Celle-ci traverse le politikós à plusieurs niveaux : innovation institutionnelle (transformation des règles du jeu politique), technopolitique (usage des technologies numériques dans les pratiques de pouvoir et de participation), idéologique ou programmatique (émergence de nouveaux récits et projets politiques), organisationnelle (formes des partis, des mouvements et des collectifs), mais aussi à travers les politiques d’innovation, entendues comme l’ensemble des dispositifs et stratégies par lesquels les pouvoirs publics orientent l’innovation technologique, sociale, industrielle ou organisationnelle.
Dans un contexte géopolitique instable, marqué par les difficultés de la construction européenne, une scène politique nationale incertaine et l’approche des échéances électorales municipales (2026) et présidentielles (2027), ce séminaire entend remettre la pensée philosophique au centre de la réflexion sur le gouvernement de la cité et la responsabilité du citoyen.
Après plusieurs années consacrées à une analyse philosophique et historique de l’innovation et de ses critiques contemporaines, puis une année dédiée à la sobriété comme critique radicale des régimes d’innovation dominants, cette quatrième année porte spécifiquement sur l’innovation politique. Le parcours proposé va de la polis grecque aux théories contemporaines de la démocratie radicale, en interrogeant l’innovation citoyenne, le rôle de l’éducation comme espace d’émancipation ou de reproduction sociale, l’histoire des politiques d’innovation, ainsi que la place de l’art et des expériences historiques de démocratie directe dans la reconfiguration du politique.
Prochaines dates :
- Jeudi 21 mai : l’art comme outil d’innovation politique
- Jeudi 18 juin : lacommune de Paris, l’innovation par le peuple et la démocratie en question.