Jordane Somville, céramiste-bijoutière à Montmartre
Installée à Montmartre depuis plusieurs années, d'abord rue Ramey puis rue Hermel depuis 2024, Jordane Somville incarne une nouvelle génération d’artisanes-créatrices qui font dialoguer art, matière et émotion.
Sa boutique n’en est pas vraiment une d’ailleurs, mais plutôt un studio de création qui façonne des merveilles à partir de céramiques émaillées, de matières recyclées, de métaux dorés. Des bijoux d’art brut, parfois un peu surréalistes, qui se matérialisent pour redonner du sens à ce qu’on porte, à ce qu’on touche, à ce qui nous entoure. La teinte sombre des murs fait écho à l’une des premières collections révélée en 2017, sorte de mise en abîme des matières travaillées. Un vrai boudoir à l’anglaise, avec des lampes en verre sablé, des meubles chinés sur Selency et des présentoirs singuliers comme du bois flottant, des coraux ou des pierres polies. Chaque bague, collier, boucle d’oreilles, bracelet et broche est exposé avec raffinement, aux allures de talismans à porter à même la peau.
Le design s’invente selon les échanges : on contourne les limites pour mieux se réapproprier les envies.
C’est le discours que nous tient Jordane. Et on la croit. Du moins on l’écoute, parce que ses propos nous inspirent. Et qu’on se dit aussi que cette femme colle pas mal avec le quartier : elle déborde de créativité. Diplômée de l’École Supérieure des Arts Appliqués Duperré, elle a d’abord évolué pendant près de 10 ans dans l’univers du bijou fantaisie, avant de faire face à l’évidence : pour se donner un second souffle, il faut qu’elle se réinvente et lance sa propre marque.
Dans son atelier, café noisette fumant dans une tasse en céramique, Jordane fourmille d’inspiration pour créer le bijou, la sculpture ou l’objet de vos fantasmes. Son approche est esthétique, mais avant tout conceptuelle, artistique, voire parfois animale. Elle déstructure la matière, les textures, expérimente le champ des possibles. Et on ressort avec quelque chose de différent. Enfin. Parce qu’aujourd’hui, tout est pareil. Mais que Jordane, elle, n’a pas son pareil pour révéler la beauté des choses. Et imaginer des pièces qu’on ne retrouvera nulle part ailleurs.
Sa madeleine de Proust, ou devrait-on dire son obsession ? La porcelaine. Elle est travaillée dans la masse pour lui apporter le plus de résistance possible, puis teintée de manière monochrome ou émaillée selon l’effet voulu. Subversive, son approche très féminine est notamment inspirée de Schiaparelli ou de Dali. Ses fusions avec le métal, l’or, le platine ou même des fleurs éternelles dévoilent des collections audacieuses, qui se distinguent par leur irrésistible délicatesse.
L’atelier propose aussi des cours sur-mesure pour s’imprégner donner vie à des projets plus personnels : on y apprend à modeler la terre, travailler le métal par la soudure ou s’initier au ciselage. Des parenthèses particulières auxquelles il est possible de s’inscrire en ligne. Pour avoir pris le temps d’échanger avec Jordane, on vous recommande de faire la même chose, en poussant votre curiosité jusqu’à la rue Hermel pour juger par vous-même !