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L’enseigne du Lapin Agile fait peau neuve au Musée de Montmartre

23/09/2026

Après trois mois de restauration, l’enseigne historique du célèbre cabaret montmartrois a retrouvé ses couleurs et ses détails. Une pièce exceptionnelle, aujourd’hui conservée au Musée de Montmartre, et qui raconte à elle seule une partie de l’histoire de la Butte.

enseigne lapin agile

Il y a le Lapin Agile que l’on connaît aujourd’hui, toujours ouvert et fidèle à l’esprit unique du quartier. Et puis il y a son lapin, celui d’André Gill, devenu au fil du temps l’emblème du cabaret. Mais derrière ce personnage facétieux se cache une histoire mouvementée.

Une enseigne qui a donné son nom au cabaret

Car avant de devenir le Lapin Agile, le cabaret a porté plusieurs noms, dont celui, peu engageant, de « Cabaret des assassins ». Le changement se fait progressivement avec l’installation en façade d’une œuvre d’André Gill représentant un lapin sortant d’une casserole. L’enseigne, sur un support en bois, aurait été peinte et installée entre 1878 et 1881. Ce que l’on sait, c’est qu’à la mort d’André Gill en 1885, son ami Émile Cohl organise une exposition à la galerie Vivienne pour financer ses obsèques. L’enseigne originale du Lapin Agile, peinte sur bois, y est alors présentée.

Impossible toutefois de savoir avec certitude si c’est cette même enseigne qui a ensuite retrouvé sa place sur la façade. Une copie aurait été réalisée par un artiste suédois et installée à sa place avant d’être volée en 1893.

Il faudra attendre 1928 pour que l’originale refasse surface. C’est un certain Charles Fontane, qui consacra une grande partie de sa vie à redécouvrir l’œuvre d’André Gill, qui en aurait retrouvé la trace chez le critique d’art Adolphe Tabarant. Une copie de l’enseigne est revenue sur la façade en 1935, et l’originale a été confiée en dépôt en 1960 au Musée de Montmartre par la famille Mathieu, propriétaire du cabaret.

Et pourquoi un lapin ? Certainement parce qu’André Gill avait une véritable prédilection pour cet animal qu’il traitait avec beaucoup d’humour, mais peut-être aussi parce Mme Salze, la femme du proprio de l’époque, était réputée pour son lapin en gibelotte ! Dans tous les cas, c’est bien le personnage d’André Gill qui finira par donner son nom au lieu.

Enseigne lapin agile

Trois mois pour restaurer un morceau de Montmartre

L’œuvre, constituée de cinq planches de bois verticales renforcées par trois traverses, mesure 148 cm de haut pour 110 cm de large. Et comme tous les supports en bois, elle a une particularité essentielle : elle continue à vivre.

Présentant notamment de nombreuses fissures et plusieurs altérations, une intervention était devenue nécessaire, et en 2026, le Musée de Montmartre entreprend la restauration de l’enseigne. Comme avant toute intervention, une étude approfondie a donc été réalisée, à la manière d’un diagnostic médical. Le tableau était très contraint et le support avait besoin d’être stabilisé. La couche picturale présentait elle aussi plusieurs fragilités, avec des matériaux différents et d’importantes couches d’encrassement. Et jusque dans les matériaux employés, l’histoire de l’œuvre réserve quelques clins d’œil, puisqu’André Gill avait notamment utilisé de la colle de peau de lapin pour son mastic.

Pendant trois mois, Clara Lauriot-Prévost, spécialiste de la couche picturale, et André de Castelbajac, spécialiste du support en bois, ont travaillé à la restauration de l’œuvre; une intervention en plusieurs étapes, depuis la stabilisation pour le transport, le nettoyage de la couche picturale, le retrait des matériaux non originaux, la suppression de certaines contraintes exercées sur le bois, la reprise des désaffleurs, la stabilisation au revers grâce à des taquets, puis la pose d’un vernis.

Le principe était simple : conserver l’œuvre sans réécrire son histoire, car une restauration doit pouvoir être réitérée sans modifier l’original. L’enseigne aurait d’ailleurs déjà été restaurée à trois reprises. Cette nouvelle intervention ne cherche donc pas à lui redonner artificiellement l’apparence d’une œuvre neuve, mais à assurer sa conservation tout en permettant de mieux retrouver ses couleurs et ses détails.

L’œuvre est désormais installée dans un cadre climatique conçu sur-mesure par l’Atelier Cadre Exquis dans le 18e ; un dispositif qui permet de maintenir un environnement stable autour de l’enseigne et qui contribue à sa conservation dans le temps. On peut la (re)découvrir parmi les collections permanentes du Musée de Montmartre.

Le lapin d’André Gill a désormais retrouvé toute sa prestance. Et comme le disait Frédé en parlant de l’enseigne : « Vise un peu ça ! Ça c’est du jus ! »