Sur les pas des musiciens à Montmartre – De Berlioz aux Daft Punk
On a tous en tête un air ou une chanson qui parle de Montmartre. La Bohème et La Complainte de la Butte sont sans doute les plus connues, mais on pourrait également citer Rue Lepic, Pigalle, Place du Tertre ou rue Saint-Vincent… Le patrimoine musical montmartrois est intéressant à plus d’un titre, car si le quartier a inspiré les musiciens, nombreux sont également ceux qui y sont nés, y ont débuté ou y ont habité. Les années 50 marquent l’âge d’or des cabarets à Montmartre, où de nombreux artistes ont débuté. Un peu plus tard, plusieurs studios d’enregistrement et de labels éliront domicile dans le quartier, jusqu’à la fameuse french touch dont quelques grands titres mondialement connus ont été créés sur la Butte ! C’est parti pour une balade musicale dans le quartier.
Louis Hector Berlioz
En avril 1834, le compositeur s’installe dans une petite maison à l’angle de la rue du Mont-Cenis et de la rue Saint-Vincent, où son fils naîtra la même année. De nombreux amis musiciens lui rendaient souvent visite, parmi lesquels Liszt ou Chopin. La famille Berlioz vécut à Montmartre jusqu’en 1837. Mort en 1869, Berlioz est inhumé au cimetière de Montmartre.
Erik Satie
Alors qu’il joue régulièrement au cabaret du Chat Noir, Erik Satie s’installe en 1890 dans une chambre mansardée au 6 rue Cortot. C’est là qu’il composera, entre autres, les Gymnopédies et les Gnossiennes. En 1893, il tombe fou amoureux de sa voisine Suzanne Valadon avec qui il vit une aventure passionnée de quelques mois. En 1896, ne pouvant plus payer le loyer de la mansarde, il loue dans le même immeuble une chambre si petite au rez-de-chaussée qu’il l’appellera son placard. Cette pièce deviendra plus tard le plus petit musée du monde, rassemblant des souvenirs du compositeur.
Arthur Rubinstein
Pianiste de renommée internationale, Arthur Rubinstein a, vers 1925, fait ses gammes dans un appartement au 4e étage du 15 rue Ravignan.
🔊 Polonaise (F. Chopin) et Danse Rituelle du Feu (M. De Falla)
Maurice Chevalier
Né sur les pentes de Ménilmontant, Maurice Chevalier a chanté à La Fourmi au tout début de sa carrière, puis a habité les derniers étages d’un immeuble de la rue Ravignan, presqu’en face du Bateau Lavoir au début des années 50. Client du restaurant Patachou rue du Mont-Cenis, il a beaucoup contribué au lancement de la chanteuse et de son cabaret.
Maurice Baquet
Surtout connu pour sa carrière de comédien, Maurice Baquet était avant tout violoncelliste et a longtemps vécu au 80 rue Lepic. En 1946, il participe à la descente à ski des escaliers de la Butte !
Lucienne Boyer
L’interprète de Parlez-Moi d’Amour ouvrit en 1940 son cabaret « Chez Elle » au 41 avenue Junot. Sa fille, Jacqueline (Grand Prix Eurovision de la Chanson en 1960 avec la chanson Tom Pilibi), tint un temps le bar appelé La Table Ronde au 33 de la même avenue.
Famille Casadesus
Depuis 5 générations, les Casadesus ont marqué de leur empreinte le quartier. Au 2 rue de Steinkerque vécurent plusieurs membres de la famille, et Jean-Claude, fondateur et chef de l’Orchestre National de Lille, aime évoquer son enfance sur la Butte. En 1973, la place des quatre frères Casadesus (rebaptisée Place Casadesus en 1995) a été inaugurée à l’angle des rues Simon Dereure et de l’Allée des Brouillards.
Edith Piaf
A l’âge de 17 ans, Edith Piaf rencontre Louis Dupont et s’installe avec lui rue des Abbesses au Pompéa, hôtel pour couples de passage, qui deviendra La Mascotte. En 1932, le couple habite rue Germain Pilon, puis un an plus tard, Edith chantera au Lapin Agile avec Rina Ketty. En 1937, elle s’installe à l’Hôtel Alsina avenue Junot, puis revient s’y installer en 1944 avec Yves Montand, qu’elle a rencontré au Moulin Rouge. En 1948, elle viendra rejoindre Marcel Cerdan à l’Hôtel de Clermont rue Véron, où elle avait déjà loué une chambre à l’âge de 14 ans avec son amie Simone Berteaut. Dans les années 50, elle fit plusieurs galas sur la Butte, et y revint en 1962 pour assister au récital de son dernier amour Théo Sarapo chez Patachou.
Patachou
C’est fin 1945 que Juliette Ragon ouvre avec son mari Jean Billon une pâtisserie au 13 rue du Mont-Cenis puis trois ans plus tard un restaurant sous l’enseigne Patachou. Alors que la propriétaire pousse régulièrement la chansonnette, elle est repérée par Maurice Chevalier qui l’encourage à se lancer dans une carrière d’interprète sous le nom de Patachou. De restaurant, le lieu devient progressivement un cabaret qui permettra à de nombreux artistes de faire leurs premiers pas ou de conforter leur succès, tels que Charles Aznavour, Jacques Brel, Guy Béart, Georges Brassens ou encore Hugues Aufray, entre autres. Le cabaret fermera ses portes en 1969.
Charles Aznavour
Dans les années 50, Charles Aznavour vécut deux ans dans un petit appartement avec sa seconde épouse au 18 rue Saint-Rustique, juste au dessus du restaurant La Bonne Franquette. Il a chanté Chez Patachou, mais également sur la scène du Moulin Rouge où il fut engagé en 1953. Le quartier l’a surtout beaucoup inspiré, et il l’évoque dans plusieurs des chansons, parmi lesquelles bien entendu La Bohème mais également Les Nuits de Montmartre ou encore La Maison Rose. En mai 2025, l’Esplanade de la Bohème a été inaugurée à l’angle de la rue Saint-Vincent et de la rue de la Bonne.
Claude Nougaro
Accueilli au Lapin Agile au début des années 50, c’est là que Claude Nougaro créera ses premières chansons. Toute sa vie, il restera fidèle au quartier et ami avec Yves Mathieu, le propriétaire du cabaret. Dans les années 80, il achètera une maison avenue Junot où il vivra heureux avec sa dernière épouse, Hélène, jusqu’en 1987. Depuis le 28 novembre 2019, une place porte son nom au pied de l’avenue.
Jacques Brel
Allant parfois jusqu’à chanter dans sept cabarets différents par soir, Jacques Brel s’est fait connaître en chantant régulièrement au Tire-Bouchon, puis Chez Patachou et aux Trois Baudets, où la producteur Jacques Canetti le programmait régulièrement en alternance. On sait moins que Jacques Brel a, entre 1953 et 1954, loué une chambre au 3 rue des Trois Frères.
Mouloudji
On ne lui connaît pas d’adresse sur la Butte, mais il en a longtemps fréquenté les cabarets, parmi lesquels le Pichet du Tertre. On lui doit également l’une des plus belles interprétations de La Complainte de la Butte.
Boris Vian
Celui dont on fête cette année le centenaire de la naissance, s’installe en 1954 Cité Véron, à quelques mètres des Trois Baudets, où il avait fait ses débuts en tant que chanteur deux ans plus tôt. Il y partageait une terrasse au dessus du Moulin Rouge avec son voisin Jacques Prévert.
Michel Sardou
Le 26 janvier 1947 naît au 18 rue Caulaincourt Michel Sardou, fils de Fernand et Jackie Sardou, artistes de music-hall. La famille a également vécu rue Ramey. Dans les années 60, Michel fait ses débuts dans le cabaret de son père rue Lepic mais également Chez Ma Cousine, au Tire-Bouchon et Chez Patachou, dont le fils, Pierre Billon, également musicien, est l’un de ses meilleurs amis. En 1965, Michel se marie à l’Eglise Saint-Pierre de Montmartre.
Dalida
En 1962, Dalida fait l’acquisition d’un très bel hôtel particulier dans la rue d’Orchampt. C’est là qu’elle mettra fin à ses jours en 1987, et sera enterrée au Cimetière de Montmartre. La chanteuse avait de nombreuses habitudes dans le quartier, et était très appréciée des montmartrois. Aujourd’hui, une place inaugurée en 1997 porte son nom à l’angle de la rue Girardon et de la rue de l’Abreuvoir, où l’on peut admirer son buste sculpté par Aslan.
Pierre Barouh (éditions Saravah)
Nées en 1966 de la complicité entre Claude Lelouch, Francis Lai et Pierre Barouh à l’occasion du tournage du film Un Homme et Une Femme, l’aventure des éditions Saravah démarre en 1968 au 8 passage des Abbesses. Véritable vivier de talents, le studio verra passer d’innombrables artistes parmi lesquels Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Allain Leprest, Richard Galliano, Maurane, David McNeil, ou plus récemment Fred Poulet. A noter que le passage des Abbesses a longtemps abrité le studio d’un autre immense compositeur de musique de films, Eric Serra.
Claude François
Tout jeune marié, Claude François s’installe en 1962 avec sa femme Janet au 3 rue Véron, dans un petit studio délabré et sans confort prêté par un ami. La maman du chanteur viendra également s’y installer, avant que le couple finisse par se séparer et que Claude ne quitte définitivement Montmartre.
Stéphane Grappelli
Le célèbre violoniste et jazzman a longtemps vécu au 2 rue d’Orchampt. Il était également un membre assidu du Club R-26.
Michel Petrucciani
Le pianiste avait élu domicile chez un ami rue Duhesme. Suite à une demande des habitants, une place a été inaugurée à son nom au carrefour des rues Versigny, Sainte-Isaure et Duhesme.
🔊 Caravan
Dick Rivers
Niçois d’origine, Dick Rivers a vécu plus de 50 ans à Montmartre, et y est aujourd’hui enterré.
Daft Punk
Au milieu des années 90, les Daft Punk vont se faire un nom parmi les artistes de ce que l’on nomme la « french touch », avant de devenir mondialement connus. Ce que l’on sait moins, c’est que leur aventure a commencé dans un minuscule studio montmartrois, rue Durantin selon certaines sources, passage de la Sorcière selon d’autres ; une info aussi mystérieuse que les deux membres du groupe, dont l’un vivrait toujours sur la Butte. Parmi les autres représentants de la french touch, Nicolas Godin, membre du groupe Air, a habité rue Burq.
Cassius
Duo musical formé par Hubert Blanc-Francard et Philippe Cerboneschi « Zdar », Cassius fait aussi partie des pionniers de la french touch « made in Montmartre ». Leur EP The Rawkers est sorti en 2010 sous le label Ed Banger. Philippe Zdar habitait le quartier et l’aimait profondément, au point de lui dédier un album. Son studio d’enregistrement était situé rue des Martyrs. Il s’est accidentellement tué à son domicile rue Caulaincourt en juin 2019.
Pedro Winter (Ed Banger Records)
Pedro Winter démarre sa carrière avec les Daft Punk à Montmartre (il sera leur manager pendant une dizaine d’années), avant de fonder son propre Label Ed Banger et d’installer ses bureau rue Ramey en 2003. Depuis, le label n’a pas changé d’adresse.
Ils/elles habitent toujours Montmartre :
- Raphaël
- Sylvie Hoarau (membre du duo Brigitte)
- Olivia Ruiz
- Doc Gynéco
- Sébastien Tellier
- Etienne Daho
- Aliocha Schneider et Charlotte Cardin
ainsi que tant d’autres moins connus mais tout aussi talentueux !