La Maison Rose

• Histoire d'une renaissance
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La Maison Rose fait incontestablement partie des lieux incontournables à Montmartre. A l’angle de la rue des Saules et de l’Abreuvoir, elle a été immortalisée par de nombreux peintres, parmi lesquels Maurice Utrillo ou encore Bernard Buffet. Depuis plusieurs années, la Maison Rose attirait principalement les touristes, sensibles au charme pittoresque de la façade, mais rares étaient les montmartrois à oser encore s’y aventurer. Pourtant, l’histoire de la maison reste étroitement liée à celle d’un grand nombre de personnalités du quartier, à commencer par ses propriétaires successives.

 

C’est ainsi qu’il y a quelques mois, nous avons appris que la Maison Rose allait être reprise par Laurence Miolano, la petite-fille de la dernière propriétaire du lieu. Nous avons donc mené l’enquête, et avec l’aide de Laurence, nous avons remonté le fil d’une histoire aussi rocambolesque que symbolique.

 

Retour au début du siècle dernier, à l’époque où Picasso et ses amis battaient le pavé de nos rues... On ne connaît pas exactement l’année de construction de la maison, probablement avant 1850. En revanche, on sait qu’elle a été rachetée aux alentours de 1905 par une certaine Laure Germaine Gargallo, épouse du peintre Ramon Pichot, et ancien modèle de Picasso. On raconte que c’est elle qui serait à l’origine de la mort du peintre Casagemas, ami intime de Picasso qui, éconduit par la belle, se suicide en 1901 dans un restaurant de la Place Clichy, marquant pour les historiens de l’art le début de la période bleue de Picasso. Moins célèbre que ce dernier, Ramon Pichot n’en demeure pas moins un immense peintre très connu dans son pays (une exposition intitulée « Des Quatre Gats à La Maison Rose » lui a d’ailleurs été consacrée au Museum National de Barcelone à l’automne dernier). Séjournant régulièrement à Cadaquès, il fréquente la famille de Salvador Dali, qu’il rencontre à l’âge de 10 ans, et dont il deviendra le mentor. L’histoire voudrait que ce soit lors d’un des séjours du couple en Catalogne que Laure, émerveillée par les couleurs des maisons, ait eu l’idée à son retour de peindre la fameuse maison en rose...

 

L'une des premières photos de La Maison Rose, aux alentours de 1870

 

1887

 

Photo prise entre 1910 et 1920, où l'on reconnait Laure Germaine et à la fenêtre son mari Ramon Pichot (archives personnelles L. Miolano)

 

1920

 

Durant de nombreuses années, le lieu fut fréquenté par tous les artistes et autres personnages pittoresques de Montmartre, et si l’enseigne était bien celle de la Maison Rose, tout le monde avait plutôt coutume de se retrouver chez Tante Laure. A la mort de son mari en 1925, Laure se retrouve seule à la tête de l’établissement. Au début des années 30, la maison est menacée par un programme de construction (certainement le même qui menaça le terrain voisin où seront plantées les vignes), mais sans que l’on sache si Laure avait ou non accepté de vendre sa maison, celle-ci fut finalement sauvée. Elle est d’ailleurs depuis cette époque mitoyenne côté rue des Saules d’une magnifique villa Art Déco.

 

Les années passent, et Laure Germaine Pichot, rongée par la syphilis, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Picasso lui restera fidèle jusqu’au bout, visitant régulièrement « la vieille dame édentée » à Montmartre. Elle s’éteint le 3 décembre 1948, et à la fin du même mois, c’est Béatrice, la grand-mère de Laurence Miolano, qui rachète la maison. Bien que d’origine italienne, Béatrice est une montmartroise pur jus. Nous sommes au début des années 50, nombreux sont les cabarets où se produisent de jeunes artistes, qui ne manquent pas de passer par La Maison Rose, tout comme les montmartrois qui restent fidèles au lieu. Pourtant, bien qu’épaulée par son fils Jean, elle songe à revendre le lieu, et en confie finalement la gérance à Toutoune, figure aussi illustre qu’excentrique du Montmartre de l’époque. Entre temps, Jean, le père de Laurence, rachète Les Trois Marches, l’épicerie de la rue Girardon qui deviendra ensuite le restaurant l’Assommoir ; Jean, que beaucoup de montmartrois ont mieux connu sous le surnom de Nounours, et qui fut une vraie figure du quartier.

 

Béatrice, sa grand-mère, et Laurence dans les bras de son père Jean, dit "Nounours" (archives personnelles L. Miolano)

 

Années 70

 

Toutoune reste 25 ans à la tête de la Maison Rose, puis de gérance en gérance, le lieu perd progressivement son charme et son identité, pour ne plus devenir qu’un vulgaire piège à touristes... Mais c’était sans compter sur Laurence qui, ne supportant plus de voir décliner ce lieu chargé d’histoire, décide de récupérer le bail (non sans mal) et de rendre à La Maison Rose ses lettres de noblesse. Qui mieux que la petite-fille de Béatrice pouvait être plus légitime pour se lancer dans une telle aventure ?

 

Après de longs mois de travaux, La Maison Rose a officiellement ré-ouvert ses portes il y a quelques semaines. « Mais je ne me voyais pas vendre du Coca-Cola à des américains toute la journée ! Je voulais revenir à la vérité, et conquérir une nouvelle génération de montmartrois, dans la même mouvance que celle initiée par Laure puis par ma grand-mère ». Laurence a donc pensé La Maison Rose comme un projet artistique (elle est elle-même musicienne), en s’appuyant notamment sur des documents d’archives, mais aussi sur la mémoire familiale. Le lieu a désormais retrouvé son charme d’antan, et on se laisse vite charmer par la décoration, entièrement composée de meubles chinés et de matériaux d’origine (jetez un œil en entrant sur le carrelage, qui a certainement vu défiler un nombre impressionnant de personnalités !).

 

 

Il était aussi important pour Laurence de se recentrer sur des valeurs d’échange et de proximité. A la carte, on retrouve donc des plats traditionnels, cuisinés à base de produits favorisant le circuit court et responsable (Au Bout du Champ, Café Lomi, Brasserie de la Goutte d’Or, eau filtrée). C’est simple, de saison et très bon. On peut déjeuner (pour l’instant le jeudi et le vendredi), prendre un thé accompagné d’une petite pâtisserie maison, se retrouver dès 18h à partir du mardi pour un afterwork autour d’une planche et d’un verre de vin, dîner jusqu’à 23h ou encore bruncher le week-end. Ne reste plus aux montmartrois qu’à redécouvrir et réinvestir les lieux pour faire définitivement renaître l’esprit de La Maison Rose. 

 

© montmartre-addict.com

 

English translation : www.parisnicevacations.net/la-maison-rose-montmartre-rebirth

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2 rue de l'Abreuvoir
75018 Paris

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